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J'étais allé chercher Colonel le dernier dimanche de ce mois de février 1988. Le producteur monsieur Gayrard possédait une ancienne et fort belle demeure familiale près de Decazeville dans l'Aveyron. Son hospitalité s'était montrée à la hauteur de sa passion pour le Dogue. C'est à dire immense. Apologiste du Dogue de Bordeaux Monsieur Gayrard en était imprégné. Il en parlait sans discontinuer avec enthousiasme et émotion. Comme chez beaucoup de passionnés, divers objets du culte figuraient en bonne place dans un coin spécialement aménagé. Mais pas n'importe lesquels. Il me sortit précieusement, pêle mêle, l'ouvrage original de Pierre Megnin (les connaisseurs savent de quoi je parle), puis divers articles et autres vieilles revues sur la race, glanées ci et là dans les brocantes. Mais aussi des sculptures en bronze en vogue entre la fin XIX et le début du XX siècle représentant un Dogue menaçant, crocs dehors, avec un panneau où est inscrit "PORTIER CONSIGNÉ" ou "gare à vous" et enfin, comme le saint tient religieusement le reliquaire il me sortit le crâne de son vieux Sam de Petrucia aux Tamarins (grand-père de Colonel par la mère). Ce Sam était issu du fameux N'AGOR DE LA MAISON DES COQS, que l'on retrouve dans nombre de nos pedigrees et par Jika du bois des Canelles, femelle hors norme par son gabarit lui ayant appartenue. Colonel était par VALMY KWAN DE LA SEIGNEURIE DES CHARTRONS. Il en avait hérité une tête spectaculaire de 74 centimètres d'envergure de tour de crâne, mais aussi un très large et court museau. Autant le dire tout de suite, Colonel n'ayant pas été un phénomène d'intelligence, il n'y a aucun rapport entre la taille du crâne et celle du cerveau! Ce chien avait eu son petit succès et même des résultats d'expositions flatteurs; troisième à la spéciale de Nîmes avec Triquet, qui annotera "tête impressionnante", et quatrième à la nationale d'élevage de Cransac avec le juge Weisse. Le c.a.c revint à CASANOVA DE LA HUGUERIE à Mr Menu, (frère du célèbre Colas à Minard) en classe ouverte, le meilleur mâle fut le merveilleux champion BASCO DE L'ÉTANG DE MIRLOUP. Désormais et je le dis d'autant plus sans ambages car il y a prescription, la tête n'étant pas un tout, le reste du corps de Colonel n'était pas au diapason. D'autant plus qu'avec le recul je ne suis pas partisan de têtes hyper typées qui ne peuvent aller qu'à l'encontre de la santé du chien. Ce "Bouledoguisme" est un facteur aggravant de pathologies diverses, affectant la ventilation du chien: langue épaisse, voile du palais hyperplasié, rétrécissement de la trachée, narines pincées entraînent, à la moindre alerte bénigne,une détresse respiratoire. Il y a aussi les rides trop profondes, source d'infection. En bref, les conséquences de l'hypertype, d'une manière générale, peuvent se montrer désastreuses pour une race. Notre deuxième molosse national, le Bouledogue Français, est devenu, au fil d'une sélection, tellement court de construction que cela, non seulement, l' handicape singulièrement dans ses allures mais qu'en plus cette modification anatomique lui perturbe passablement son transit digestif. Un comble! Le chien se retrouve ainsi victime du caprice des hommes, qui, jouant sur le tableau de la mutation, arrive à créer des races fixant les "monstruosités" (nanisme tératologique chez l'affenpinscher). Il est évident que des races telles quelles, "lâchées"dans la nature, ne feraient pas long feu. Le genre canin livré à lui même reviendrait vite fait à des proportions académiques, plus naturelles. A contrario les éleveurs savent bien qu'il ne faut pas, non plus, relâcher la garde en matière de sélection, car si cela demande du temps et de la difficulté pour fixer un type, il est par contre, plus rapide encore de le perdre. Triquet à dit, "le culte de la beauté conduit à l'hypertype", je rajouterais que tout est dans la mesure.
Je terminerais sur une anecdote concernant Colonel qui a eu une petite carrière de reproducteur en France ainsi qu'une portée en Italie. Chaque fois que je vois, avec une pointe de fierté, un de ses descendants dans ce pays, je ne peux m'empêcher de penser que ceux ci doivent leur existence, uniquement aux réflexes de mon vétérinaire de l'époque. En effet au cours de l'insémination rapprochée, l'éprouvette contenant la semence s'était, par un geste malheureux, renversée par terre. Il aura fallu tout l'esprit pragmatique du praticien, qui en avait vu d'autres, qui la récolta avec une... Seringue pour cette fois ci poursuivre au bon déroulement de l'acte devant les yeux médusés de mon ami Giuseppe Minelli, lui même vétérinaire, et propriétaire de la chienne. Comme quoi la vie ne tient pas à grande chose..!.
Colonel est mort à l'âge respectable de 10 ans.

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